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Une histoire. La notre.
Une histoire, une histoire simple comme il en existe beaucoup peut-être moins aujourd’hui qu’autre fois…le peu que l’on s’intéresse aux annales des sentiments humains…elle à, quelque part, traversée les siècles et les générations quelques soit les niveaux sociaux…
Une enfance, mon enfance vieille de plus de trente ans, dont il ne me reste quelques photographies, des images, des tableaux en désordre, des odeurs, des aromes enfouis en fond de moi,  qui resurgissent aujourd’hui, seulement maintenant. Pourquoi ? Pourquoi faut-il autant de temps pour construire un homme, et sur trois mots lâchés quelques décennies plus tard, comprendre enfin d’où il vient et pourquoi il sait maintenant ce qu’il est devenu.
J’ai beau tenter de trier, de distinguer, il ne me reste quelques scènes et quelques décors, posés là devant mes yeux fatigués qui transpercent l’écran de l’ordinateur, me faisant voyager dans le temps…mon temps, notre temps…
L’été battait son plein, ambiance de fête familiale, de joie …d’aussi loin que je me souvienne des rires ...Des rires d’enfants… c’était sans doute juste avant l’heure de l’apéritif, les oncles, tantes, parents, tous semblaient heureux, détendus. Elle dansait avec sa sœur dans leur chambre, la porte fenêtre ouverte sur un air de François Valery : « Emmanuelle »je me souviens des paroles de la chanson, je me les fredonne en ce moment même.
 C’est là, à cette seconde, que ma vie allait prendre un tournant dont j’étais loin ,bien loin ,d’en connaitre l’impact sur mon existence ..Mon regard venait de se poser sur elle, un peu plus âgée que moi, je devinais et déjà j’enviais cette puissance, cette force qui se dégageait de son être, une entité qui me bouleversa au point de baisser les yeux, ce que je ne fis pas. Elle était radieuse, fière de sa jeunesse, son corps bercé par la musique semblait se fondre dans l’espace et dans le temps, je mentirais si je n’avouais pas avoir ressenti, mon premier frisson, mon premier désir sexuel, celui qui arrache la poitrine, mes jambes semblaient se dérober sous le poids de mon émotion, j’étais un pantin, une marionnette, un esclave…plus rien ne serais comme avant.
Mais la morale, me regagnait sans cesse, j’étais prisonnier de mes gènes, de mon propre sang, l’interdit m’attirait, j’essayais de le repousser, en vain, captif de son âme, je souffrais… 
Je me mis à épier chacun de ses gestes, chacune de ses attitudes, chaque sourire, ressemblait à une victoire sans combat, je passais des nuits à m’inventer des histoires donc elle était le centre, je fantasmais à cœur perdu, refoulant cependant tout cet amour condamné d’avance. Un sentiment d’infériorité, qui existe encore aujourd’hui, me faisais perdre tout mes moyens quand elle m’adressait un regard, un mot, un simple geste…je me sentais maladroit, « gauche »face à elle.
L’arme la plus cruel, dont elle se servait sans le savoir, était son indifférence, ses pensées, ses désirs existaient ailleurs, je le savais, mais ne pouvais l’admettre… la vie ne m’avais pas encore apprise à panser mes blessures avec l’aide du temps…
Si je pouvais la placer au centre d’une bulle, elle serait entourée de tous les parfums ,les odeurs du marais, de l’herbe fraiche, de la rosée du petit matin, des cours d’eau, de la rivière, j’installerais un pompon rouge au bout d’une ficelle attachée à une «  badine » et nous irions courir main dans la main à la pêche à la rainette.. Peut-être qu’au détour d’un têtard, cachés derrière un frêne j’oserais enfin l’embrasser…stop ! Il faut que j’arrête…on ne revient pas trente ans en arrière...je vais trop loin, je perds le fil de mon texte en suivant mes rêves…
 
Elle s’est mariée, oui, elle a dut, je n’en ais gardé aucuns souvenirs, aucunes traces, j’ais tout effacé, consciemment ou non je ne sais pas, mon esprit se perd dans le temps. Je me revois assis derrière mon père dans une Ford de couleur marron, la tristesse au ventre rentrant à la maison dans notre département que je n’ai jamais considéré comme le mien d’ailleurs…un dimanche soir comme bien d’autres, après un week-end à Bazoin le mal était là, plus vivant encore que d’habitude… Ancré au fond de moi…je revois des rires, des embrassades, des « au revoir », je la revois surtout, assise dans un coupé rouge je crois, les deux mains sur son ventre arrondi par l’amour, fière d’elle, heureuse, radieuse, au centre de tous les intérêts, de toutes les questions…
C’est pour quand ? Tu vas bien ?pas trop fatiguée ? Ce sera un garçon c’est sur !! Avec la pointe en avant, il n’y a pas de doutes…tu as bonne mine tu sais…comme tu la voie la, elle accouchera avant la date...ne fait pas trop de voiture et repose toi…
C’était la foire aux interrogations, j’observais un peu en retrait... Mon esprit, mon cœur se débattaient entre la rage et les larmes, je me battais contre moi-même, je luttais comme je le pouvais contre quoi ? Pas le droit de pleurer, entouré de tant de joie autour de moi, je découvrais pour la première fois un nouveau sentiment, une sensation d’adulte, échec et mat …apprendre à cacher, a jouer la comédie, à pleurer sans pleurer, dissimuler…la vie m’invitait à rester maître de moi…
Ce fut une expérience douloureuse, mais qui allait m’aider dans ma vie future, dans mon destin à venir…
Il fallait faire sa vie...Alors je l’ais faite, comme j’ai pu, décousue comme certains pensent, peu -être de travers ou à l’envers...
 Je me suis perdu souvent, elle est restée dans le même village, deux divorces et quelques aventures, elle, vingt huit ans de mariage et pas un écart, une vie compliquée avec trois enfants tous de mère différente, elle, des petits enfants choyés, posés contre son cœur.
Et aujourd’hui… après des retrouvailles sans abandon, des années à se côtoyer, sans se côtoyer, se perdre de vu, sans se perdre du cœur, se revoir dans la fraicheur d’une église, à l’occasion d’un baptême, d’un mariage ou bien d’un enterrement…tout ça pour découvrir, se découvrir enfin le même gout pour l’écriture, les mêmes sentiments et surtout les mêmes souffrances…je croyais être le seul à porter ce fardeau, non ,du fond de sa cuisine assise, elle pleure les deux mains sur ses joues…deux vies si différentes et pourtant si proches…
Qu’avons-nous fait ….de toutes ses années, moi, navigant sans cesse de tempêtes en tempêtes sans jamais regarder derrière, toi, à l’ abri d’un port sans nom, tu sèches tes larmes les cheveux au vent, scrutant l’infini de l’horizon sans ne plus rien en attendre…
Tu as toujours été là, tu es là, et tu seras toujours là, au fond de moi, bien cachée dans le fond de mon cœur, mon jardin secret, à qui je peux tout dire, tout avouer sans crainte de jugements…
Oui, j’aime ma cousine, oui j’aime Francine… tout est dit, tout est bien…
 
2009.
 
 http://youtu.be/Xpa82CVmkus   (à voir et à écouter......)